Palmarès engagé pour “ Filmer le travail ”

Pierre Pinaud - Filmer le travail - remise des prix - 8-11-09

Le réalisateur Pierre Pinaud a présenté samedi son film « Les Miettes ». En dénonçant au passage les atteintes au modèle social. Crédit photo : Antony Drugeon

C’est un portrait globalement sombre du travail qui est ressorti samedi du palmarès du festival « Filmer le travail » de Poitiers. Dans les salles obscures, la dûreté des enjeux sociaux a brillé. Notamment par le regard original d’un réalisateur tel que Sani Elhadj Magori. Le Nigérien a remporté le Grand Prix du jury, pour son film Pour le meilleur et pour l’oignon. Un documentaire qui plonge dans le quotidien d’un village du Niger, où le mariage du fils d’un producteur d’oignons passe par une production et des prix en hausse…
La course à la productivité, et ses effets néfastes sur les salariés, sont au cœur de On n’est pas des machines de Sophie Averty et Nelly Richardot, qui a reçu le Prix de la restitution du travail. La caméra y suit des “ psychodynamiciens ” du travail à Saint-Cyr-sur-Loire, tout près de Tours. Même inquiétude autour du rendement et du management dans Cheminots, de Luc Joule et Sébastien Jousse. Le film, qui a obtenu le Prix de la valorisation de la recherche, sonde les interrogations et les peurs des cheminots, face à une nouvelle culture managériale. Petite lueur d’espoir tout de même avec Les petites mains d’Edie Laconi. Le Prix de la création est ainsi revenu à un documentaire qui jette un coup de projecteur sur le rôle du travail dans l’épanouissement de jeunes handicapés mentaux.
Mais c’est un vibrant réquisitoire en forme de trilogie qui a décroché le Prix du public. La mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet dépeint « la dépossession », « l’aliénation », et « la destruction » qu’opère le travail sur l’individu.
Aussi sombre que pertinent donc, et le public semble « avoir répondu présent », se réjouit, rassuré, Patrick Sagory, l’un des directeurs de « Filmer le travail », au terme des cinq jours du festival, première édition du genre. Un travail qui porte donc ses fruits.

Antony Drugeon, correspondant La Nouvelle République, 8 novembre 2009

Une excavatrice au secours des chantiers de Poitiers

Excavatrice GrDF

C’est par une télécommande que l’excavatrice est manipulée. Crédit photo : Antony Drugeon

Les travaux à Poitiers n’auront pas échappé aux automobilistes pictons. Dans cette guerre de tranchées, Gaz Réseau Distribution de France (GrDF) sort la grosse artillerie. Une excavatrice vient apporter de précieux renforts aux ouvriers.

C’est un gros aspirateur, « sur le même principe de celui d’une ménagère », explique Benoît Hubert, de l’entreprise de travaux STEC Bonmort, en charge des travaux de GrDF. Un aspirateur qui soulève terre et gravats, « jusqu’à 25 kg ». Et une innovation technologique encore récente en Poitou-Charentes. « Habituellement, on trouvait ces machines en Île-de-France, où le réseau est très dense », rappelle Frédéric Boutaud, n°2 de la direction Vienne & Deux-Sèvres de GrDF. L’excavatrice, utilisée depuis le début de l’année à Poitiers, permet de diviser par quatre le creusement des tranchées.

L’engouement principal, du côté de la direction, réside dans la sécurité : « On a désormais 30 à 40% de dommages aux ouvrages en moins », expose Thierry Gibert, directeur territorial de GrDF dans la Vienne. Plus besoin en effet de creuser avec pelleteuses et pioches, une fois le goudron ouvert.

Les conditions de travail des ouvriers en ressortent améliorées. « Le personnel réclame même ce genre d’investissement », jure M. Boutaud.

Bien que la machine remplace le travail de quatre ouvriers, la direction de GrDF assure qu’aucune perte d’emploi n’est créée. « Le personnel est simplement réaffecté au creusement de surface », la machine ne pouvant casser l’asphalte.

Antony Drugeon, correspondant La Nouvelle République, lundi 2 novembre 2009

Concours de meilleur ouvrier recherche candidats

Le prestigieux concours – et diplôme – peine à attirer les candidats. La chambre de métiers et de l’artisanat lance un appel.

Chambre des métiers - concours artisans

Joël Godu, président de la Chambre des métiers de la Vienne (à gauche) et Ghislain Kleinjwegt, secrétaire général (à droite). Crédit photo : Antony Drugeon

“On aimerait avoir un peu plus de candidats”, avoue clairement Joël Godu, président de la chambre de métiers et de l’artisanat de la Vienne. Le 24e concours national de Meilleur Ouvrier de France peine à réunir suffisamment de candidats dans la Vienne. « Les gens sont la tête dans le guidon », explique M. Godu, pour qui les deux années de préparation intense en rebutent plus d’un.
Pourtant, le concours remplit un rôle incontesté de préservations des savoir-faire. Une image de conservatoire que le concours tente même de dépasser. Au-delà des métiers d’art, des professions plus contemporaines sont en lice : graphiste, consultant en domotique ou même barman.
Car, selon Ghislain Kleinjwegt, secrétaire général de la chambre de métiers de la Vienne, « tous les métiers peuvent être source d’épanouissement ».
Le concours s’adresse aux indépendants comme aux salariés soucieux d’atteindre le niveau d’excellence dans leur domaine d’activité. Pas moins de 250 métiers, déclinés en 400 savoir-faire, sont ainsi en compétition. Un concours national dans lequel la Vienne a sa place : « Nous avons 5.800 entreprises artisanales dans la Vienne, expose M. Kleijwegt, dont 200 dans les métiers d’art, les plus présents dans ce concours. »
Clôture des inscriptions le 31 décembre, pour le concours de… 2011.

Contact : Chambre des métiers
19, rue Salvador-Allende.
Florence Le Roy, 05.49.88.13.01
f.leroy@ cm-86.fr

Antony Drugeon, correspondant la Nouvelle République, le lundi 2 novembre

Un drôle de bus pour les enfants

Dans le bus, enfants et parents partagent des activités créatrices sous l’égide d’une animatrice.

Dans le bus, enfants et parents partagent des activités créatrices sous l’égide d’une animatrice. Crédit photo : Antony Drugeon

Occuper ses enfants durant les vacances de la Toussaint est le casse-tête de nombreux parents. Au quartier des Rocs, la solution vient d’un bus. Envoyé par le centre socioculturel de La Blaiserie, « Lez’arts de rue » propose tous les jours de la semaine des ateliers pour les enfants.
Mercredi, un atelier de confection de carillons en argile était au programme. Le jeune Tristan, 3 ans, est venu avec sa maman, Hélène Dumas, pour mettre les mains à la pâte. « L’occuper pendant les vacances, ce n’est pas évident », déplorait la maman. Comme les parents des quelque dix enfants venus pour l’occasion, elle habite le quartier. « Même si le bus accueille tout parent et tout enfant, on y retrouve avant tout des gens du quartier », a confirmé Christelle Bertoni, coordinatrice de l’opération. « Cela fait six ans que nous connaissons l’opération », a même confié Marie-Luce Pecot, mère de deux enfants et habitant « l’immeuble juste en face ». Une manifestation de proximité qui prolonge en fait d’autres animations socioculturelles.
« Toute l’année, nous organisons des activités de théâtre, de danse, des spectacles de marionnettes », illustre Christelle Bertoni. De quoi accoutumer les jeunes, « des tout petits aux lycéens », aux activités du centre socioculturel, selon elle. Une autre école, où la créativité est reine.

Antony Drugeon, correspondant La Nouvelle République, le 30 octobre 2009

L’engagement associatif vacciné contre la crise

Les adhérents contrôlent la direction de l’association Un hôpital pour les enfants, réunis ici en Assemblée Générale. Crédit photo : Antony Drugeon

Les adhérents, ici réunis en Assemblée Générale, contrôlent la direction de l’association Un hôpital pour les enfants. Crédit photo : Antony Drugeon

L’affluence des aspirants bénévoles a surpris l’association «Un hôpital pour les enfants» qui tenait son Assemblée générale mardi. La solidarité, une entreprise qui ne connaît pas la crise ?

Un an après le déclenchement de la crise économique mondiale, tenir une assemblée générale annuelle pourrait s’annoncer périlleux. Que nenni pour l’association Un hôpital pour les enfants.

“ Reproduire le temps passé en famille ”

Devant ses adhérents, mardi 20 octobre, l’ONG, qui accompagne les enfants hospitalisés au CHU de Poitiers, a certes reconnu une baisse de son budget pour 2008. Mais l’association a su se protéger, assure son président Michel Berthier : « [La crise], on ne l’a pas beaucoup vue, tant on a diversifié nos partenaires ».

Et de fait, Un hôpital pour les enfants sait trouver les arguments pour recueillir des fonds. L’association, reconnue d’intérêt général depuis 2000, permet à ses donateurs privés de se faire rembourser par l’Etat les deux tiers de leurs dons. Un statut que l’ONG doit à sa mission, qui en fait un « outil d’animation du territoire » selon Michel Berthier.

Animations, manifestations culturelles et ateliers divers contribuent à crever la chape d’éther dans laquelle sont plongés les enfants hospitalisés. « Avec les veillées par exemple, nous tentons de reproduire ce temps que la famille n’a pas avec les enfants », explique Aurélie Dessevres, directrice de l’association. A ce titre, les subventions publiques (collectivités locales, CAF, etc.) constituent l’essentiel des recettes de Un hôpital pour les enfants.

Un parapluie institutionnel qui protège ce travail de solidarité locale : l’association cherche même à élargir ses effectifs. Uniquement à de nouveaux bénévoles, toutefois. « Le seul moyen de démultiplier les actions », explique Michel Berthier.

Antony Drugeon, correspondant la Nouvelle République, le 23 octobre 2009

« On peut dire les pires saloperies sur scène sans les penser », Erwan Villard

Après une apparition dans Poubelle, un court-métrage du réalisateur Vincent Dubar, le jeune comédien Erwan Villard prépare son spectacle solo, Hardcore, pour le prochain festival d’Avignon. Une manière de pointer un regard acéré sur les travers de la société, celle des jeunes en particulier. Avec un long métrage en préparation, de même qu’autre court. Entretien avec un passionné de théâtre, déjà vieil habitué des planches des représentations des soirées d’été en Luberon (Vaucluse).

Erwan Villard

Erwan Villard

2009, année de décollage pour votre carrière de comédien ?

En effet les choses s’enchaînent plus vite subitement. C’est dû à beaucoup de choses, notamment au hasard, mais aussi à une période de retour aux sources : j’ai plus d’envie, d’ambition, c’est un peu tout cela.

C’est ainsi que Vincent Dubar et moi-même, anciens camarades du lycée, avons travaillé cette année au court métrage Poubelle (partie d’une série de courts-métrages du réalisateur), et que nous devrions  mener à bien un long métrage pour une sortie en 2011.

Je devrais également apparaître dans un court métrage en 2010 ou 2011.

Après vos expériences des candidatures et des castings, Internet et les réseaux sociaux ne sont-ils pas pour quelque chose dans ces collaborations ?

Internet est pour beaucoup dans la naissance d’une collaboration, mais de même que le hasard des rencontres. Vincent Dubar et moi-même nous sommes connus il y a déjà longtemps ; une rencontre fortuite nous a permis de reprendre le contact, Internet n’a fait que prendre le relais.

Les nouvelles technologies, certes c’est important. Cela permet de se créer et de conserver un réseau de contacts. Mais accumuler les contacts dans sa poche virtuelle, ce n’est pas mon truc. Il faut selon moi rester naturel avec ses contacts, être réellement soi. Dans ce genre de relations, il faut savoir donner de sa personne. Les nouvelles technologies ne doivent pas être une fin en soi.

Votre collaboration avec le chanteur Sépharina n’est-elle pas un autre exemple d’entraide mutuelle et informelle entre artistes ?

Avec le chanteur Sépharina, c’est un peu de hasard, et beaucoup de complicité entretenue depuis 2002. On avait déjà travaillé ensemble, et à nouveau on s’aide mutuellement. Chacun jette un œil critique sur l’écriture de l’autre, voir lui propose sa contribution, à l’occasion. On tente également de faire parler chacun de l’autre, effectivement de façon assez informelle.

Vous passez même au stade de l’écriture avec votre premier « one man show », Hardcore ?

Cela fait des années que j’essaie d’écrire ; là avec Hardcore, j’ai abouti, enfin. C’est là le résultat d’une bonne période, avec des projets qui aboutissent, les choses se sont faites spontanément. Il s’agit d’un spectacle qui me tient à cœur, l’écriture m’est venue naturellement.

Ecrire m’a toujours passionné, je voulais écrire juste pour mon plaisir. Ensuite la formule du « one man show » s’est imposée comme une évidence (même si certains figurants pourraient m’assister dans le spectacle).

Avec Hardcore, je parle de racisme, de sexe, naturellement, de politique, un peu, de la TV réalité, de pédophilie…

Hardcore, c’est avant tout l’envie de faire passer un message alors ?

Oui, j’avais des messages à faire passer, même déguisés, à l’attention du public. Mais je ne voudrais pas cibler un public intellectuel, comme trop de spectacles d’aujourd’hui.

C’est pour cela que je choisis des mots parfois crus. Je compte m’adresser aux jeunes, et pointer avec eux du doigt les défauts de notre société. Il s’agit d’amorcer une réflexion, sans pour autant leur lobotomiser le cerveau !

C’est aussi pour cela que je compte jouer le spectacle dans des bars ; en attendant de me jeter dans le grand bain du festival d’Avignon du « off », en 2010.

D’ici là, je donnerai à voir un court extrait de ce spectacle en octobre en Luberon, sans doute à Gargas, et organiserai une répétition publique, que j’annoncerai depuis mon site.

Ne craigniez-vous pas de paraître moraliste ?

Il y a bien un risque en effet. L’accusation d’homophobie est possible également. J’en ai d’ailleurs bien plus peur. Mais je prends le risque. On peut dire les pires saloperies sur scène, et ne pas les penser. J’incarne un personnage, il faut faire la part des choses. Cette personne n’est pas parfaite. Justement pour donner à réfléchir.

Propos recueillis par Antony Drugeon, le 6 septembre 2009

 

La paix par l’économie chère à B. Netanyahou appelée à sortir du flou

Slogan de campagne du candidat de droite Benyamin Netanyahou, puis mot d’ordre du Premier Ministre qu’il est depuis le 31 mars, la paix par l’économie suscite autant d’espoirs que de méfiance. Une ambigüité qui a fait son succès auprès d’un électorat réticent à toute idée d’Etat palestinien, mais qui n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir. Le centre Pérès pour la paix est venu sommer le gouvernement israélien de se hâter à mettre en œuvre des mesures concrètes. Effet possible des pressions de l’administration Obama, le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël a même confié cette tâche à Adi Ashkenazi, qui préconise parallèlement l’établissement de frontières permanentes, et de négocier le sort de Jérusalem et des réfugiés palestiniens.

5h30, des ouvriers palestiniens font la queue au check-point de Qalqilya. Crédit photo : Antony Drugeon

5h30, des ouvriers palestiniens font la queue au check-point de Qalqilya. Crédit photo : Antony Drugeon

Ahmad, 43 ans, patiente. La file d’attente, s’étire, interminable, dans la fraîcheur matinale. Il est 5h30 du matin et déjà le check-point de Qalqilya (nord-ouest de la Cisjordanie, frontalier d’Israël) est « assiégé » par une file d’un bon demi-kilomètre. Ahmad réserve sa place dans le lent défilé et va prendre un second café, après celui ingurgité au réveil dans sa garçonnière en ville. « Toute la semaine je dors à Qalqilya, je laisse ma femme et mes 6 enfants à Naplouse », explique-t-il, « pour pouvoir traverser le check-point assez tôt ». De l’autre côté, il prendra un taxi pour rejoindre son chantier, à Tel-Aviv. « Le soir je dois être rentré avant 19h, sinon je perds mon autorisation de travailler », rajoute-t-il, las.

Les travailleurs palestiniens migrant chaque jour vers Israël sont au cœur des « obstacles bureaucratiques au développement de l’économie palestinienne » longtemps brocardés par Benyamin Netanyahou. Devant les grilles du check-point, Sharen Green, activiste britannique de l’ONG Ecumenical Accompaniement Programme in Palestine and Israel (EAPPI), en témoigne : « Il y a huit files dans le check-point, mais les militaires n’en ouvrent que deux ou trois ». La traversée du check-point peut ainsi prendre quatre heures, « trois heures et demie quand les contrôles se relâchent », précise Sharen. Ce sont ainsi entre 3.200 et 4.000 travailleurs, hommes pour la plupart, qui participent à ce rituel matinal.

Dans la file, chacun défend fermement sa place. Crédit photo : Antony Drugeon

Dans la file, chacun défend fermement sa place. Crédit photo : Antony Drugeon

Le soir, après avoir quitté leur chantier, situé parfois tout au nord ou au sud d’Israël, les ouvriers ouvrent un autre rituel. A leur descente de taxi, ils se mettent à courir pour passer avant l’heure fatidique de 19h, la carte magnétique ne laissant pas le droit à l’erreur.

Candidat du Likoud aux dernières élections législatives de février 2009, Benyamin Netanyahou se distinguait des autres candidats par un plan de paix éludant la question d’un Etat palestinien, mais insistant sur la levée des « restrictions bureaucratiques pesant sur l’économie palestinienne » tout en « [restant] dans le cadre des contraintes de sécurité existantes ». Une tactique clamée à nouveau haut et fort le 11 mai dernier en Conseil des ministres par un Premier ministre encore fraîchement investi, et qui permettait à « Bibi » de cultiver une voie médiane entre indépendance des Palestiniens et jusqu’au-boutisme nationaliste. L’idée, faute de séduire les Palestiniens et leurs soutiens, s’adressait plutôt à l’ « Occident ». L’Autorité palestinienne a en effet rejeté régulièrement la proposition de « paix par l’économie », y voyant une tactique dilatoire.

Communication politique

Sharen Green affiche de même sa défiance : « Je doute de la sincérité de la démarche, [Benyamin Netanyahou] n’a rien fait quand il était déjà Premier ministre [de 1996 à 1999, NDLR] ». Shar Ever, économiste à l’Alternative Information Center (AIC, ONG israélienne pacifiste), dénonce quant à lui une diversion « vieille de plusieurs années déjà », assurant que « tant que dure l’occupation, aucune économie palestinienne ne peut se développer ». Il n’attend rien des gestes consentis jusque-là par le gouvernement. « De légers retraits, quelques suppressions de check-points, ne suffisent pas. Le mur demeure l’obstacle prioritaire », argumente-t-il. La situation des travailleurs palestiniens tels qu’Ahmad est selon lui occultée par ces effets d’annonce. « Les travailleurs palestiniens ont le droit d’entrer librement en Israël », explique-t-il, invoquant l’accord de Paris de 1994, annexe des accords d’Oslo.

La paix par l’économie, au-delà d’un nom relativement consensuel, suscite donc la méfiance du camp pro-palestinien. La faute à une absence de propositions claires sous la bannière de ce qui reste encore un slogan. De l’avis d’une journaliste de Jérusalem, spécialisée en économie, il ne faut y voir pour le moment que communication politique : « Ce n’était jusque-là qu’une annonce, rien n’indique qu’elle soit suivie d’effets ».

Faire lever les restrictions administratives pesant sur l’économie palestinienne : le leitmotiv de Benyamin Netanyahou a trouvé dans les évacuations d’ « avant-postes » (colonies sauvages, non autorisées par le gouvernement israélien) et de check-points consécutives aux pressions de l’administration Obama un début de réalisation. La presse israélienne n’a pas manqué de saluer alors les efforts consentis en faveur de la paix et leur bienfaits économiques.

Sans doute est-il permis d’y lire une réponse au rapport du Fonds Monétaire International (FMI) sur l’économie palestinienne publié le 4 juin dernier, accablant pour Israël. L’organisme a conclu en effet que le développement des Territoires palestiniens « reste entravé par les restrictions imposées par Israël sur le commerce et les déplacements dans les territoires occupés de Cisjordanie et par l’isolement croissant de la bande de Gaza ».

Mais une source proche de Silvan Shalom, vice-Premier Ministre israélien et ministre du Développement régional, en charge de ces questions, réoriente quant à lui le sens attribué à « la paix par l’économie ». « Ce sont un ensemble de projets industriels menés conjointement avec les pays arabes de la région », répond-t-elle. « Et avec les Palestiniens ? » ? «Voire avec les Palestiniens », répond-t-elle alors.

Le 14 juin, Benyamin Netanyahou a précisé les contours de sa politique de paix dans un discours capital. Il n’a que peu mentionné la paix par l’économie.  « Si les Palestiniens optent pour la paix […], nous ferons tous les efforts pour faciliter leur liberté de mouvement, et pour leur permettre de développer leur économie », avait sobrement déclaré Benyamin Netanyahou. Là encore, le Premier Ministre israélien a été plus prolixe sur la question des relations économiques entre Israël et les Etats arabes.  Benyamin Netanyahou a ainsi proposé aux pays arabes de « coopérer avec les Palestiniens et nous [les Israéliens], pour promouvoir une paix fondée sur la croissance économique », vantant la réussite économique des pays du Golfe et proposant de créer des zones industrielles porteuses de milliers d’emplois. « Ensemble, nous pouvons entreprendre des projets susceptibles de surmonter les pénuries de notre région […], d’en maximiser les atouts […] et les moyens de transport », a-t-il ainsi proposé.

« Les Palestiniens ne cèderont pas »

La paix économique vise-t-elle les Palestiniens, et plus précisément la Cisjordanie, ou bien les Etats arabes voisins, comme l’Egypte, la Jordanie, voire à terme la Syrie et le Liban ? Face à un tel flou, le rapport du Centre Pérès pour la Paix est venu début août rappeler les dirigeants israéliens à l’ordre, en délivrant un diagnostic lapidaire : « La paix économique ne remplace pas une solution politique ». L’étude de l’organisme portait précisément sur le rôle que la paix économique pouvait jouer dans la résolution du conflit israélo-palestinien, et cherchait à « remplacer les généralités par lesquelles le terme de “paix économique“ est habituellement décrit ».

Présenté à la suite d’une rencontre officielle à Tel-Aviv entre Silvan Shalom et le ministre palestinien de l’économie, Bassim Khoury, le rapport a bénéficié d’un écho décuplé. Les conclusions des rapporteurs, selon lesquelles une troisième intifada pourrait bientôt se déclencher, et que la paix par l’économie, quoique nécessaire et utile, ne puisse se passer d’une solution politique, a créé un petit séisme politique. « Peu importe l’ampleur de l’amélioration des conditions économiques, les Palestiniens ne cèderont pas sur les questions clefs du droit de retour, de Jérusalem et de frontières permanentes », a ainsi prévenu Adi Ashkenazi, co-auteure du rapport, en évoquant des questions taboues chez la plupart des Israéliens.

L’étude du Centre Pérès pour la Paix délivre même un programme d’action en cinq points, donnant corps à un slogan jusque-là vide : l’emploi des Palestiniens en Israël, le développement de zones industrielles en Cisjordanie, l’ouverture du commerce, l’amélioration des infrastructures et l’investissement dans le tourisme.

De quoi  donner corps à une politique toujours chère à Benyamin Netanyahou. Le 2 août, lors d’une visite très médiatisée au pont Allenby (poste frontière israélo-jordanien, en Cisjordanie occupée), « Bibi » a vanté les mérites de sa politique d’ouverture économique, se targuant d’être à l’origine d’un taux de croissance économique de 7% en Cisjordanie.

Des propos pour l’heure vides de fondement politique clair, mais qui pourraient annoncer que la paix de l’économie est sur le point de passer du slogan à un début de réalisation. D’autant plus qu’Adi Ashkenazi a été promue au ministère de la coopération régionale, sous l’aile de Silvan Shalom. A Qalqilya, Sharen Green reconnaît que depuis plusieurs semaines, la file d’attente se réduit quelque peu : « Au check-point, les militaires sont moins regardants », explique-t-elle, sans savoir si cela vient directement des instructions du gouvernement.

Pour convaincre, la paix pour l’économie devra faire taire ceux qui l’accusent d’être un ersatz d’Etat palestinien. Redressement économique de la Cisjordanie (Gaza restant jusque-là exclue de cette politique) et création d’un Etat palestinien devront aller de pair pour convaincre tant la communauté internationale que les Palestiniens. L’électorat du Likoud (droite) qui a porté Benyamin Netanyahou au pouvoir, et celui du désormais incontournable Israel Beiténou (Israël est notre maison, extrême-droite), pourraient bien toutefois se sentir floué, alors que la paix économique a été largement comprise comme une alternative à un Etat palestinien encore largement refusé.

Pas suffisante pour régler un conflit israélo-palestinien focalisé autour de l’horizon de la création d’un Etat palestinien, la paix par l’économie n’en est pas moins nécessaire à la viabilité de cet Etat virtuel : le Fonds Monétaire International a estimé le 4 juin dernier que le développement économique des Territoires palestiniens « reste entravé par les restrictions imposées par Israël sur le commerce et les déplacements dans les territoires occupés de Cisjordanie et par l’isolement croissant de la bande de Gaza ».

Les négociations de paix israélo-palestiniennes semblent désormais promises à marcher sur leurs deux jambes, économiques et politiques. Si le gouvernement israélien ne trébuche pas.

Antony Drugeon, REVUE AVERROES, le mercredi 12 août 2009

Discorde autour d’un parking entre orthodoxes et laïcs à Jérusalem

Tout juste six mois après l’élection de Nir Barkat, candidat nationaliste, à la mairie de Jérusalem, face à son adversaire religieux, le conflit entre laïcs et religieux s’exprime au grand jour. L’ouverture d’un parking durant le congé juif de shabbat (samedi) près du principal quartier ultra-orthodoxe (haredi) de la ville a fait l’effet d’une provocation parmi les milieux haredim, qui appellent à répéter la manifestation violente du samedi 6 juin. Les soutiens laïcs du maire n’entendent pas céder, réunissant tous les ingrédients d’une confrontation prolongée.

Le maire Nir Barkat n’était déjà pas en odeur de sainteté dans les milieux religieux, depuis son élection en novembre dernier en tant que candidat de la modernité et de l’entreprenariat. Il est désormais clairement voué aux gémonies dans les rues de Mea Shéarim, qui se sont soulevées samedi 6 juin contre la décision municipale d’ouvrir un parking tout proche durant le congé juif de shabbat. Six policiers furent blessés dans les affrontements avec les émeutiers, qui leur lancèrent des pierres, des bouteilles, et incendièrent des poubelles tout en insultant les forces de l’ordre de « nazis ».

Nir Barkat avait déjà cru pouvoir obtenir le pardon des haredim en confiant la gestion du parking à des « goyim » (non-Juifs) et en assurant la gratuité du parking [la religion juive interdisant tout contact avec l’argent durant shabbat]. Cela n’avait donc pas suffi à calmer les foudres des religieux, que le maire a du rencontrer mercredi soir. Les représentants haredim et la municipalité ne sont pas parvenus à un accord.

L’organisation haredit et antisioniste Eda Haredit a lancé dès l’échec du dialogue un appel à manifester de nouveau le samedi, ce 13 juin. « Pour les haredim, c’est plus qu’un parking, c’est devenu une lutte générale pour le shabbat à Jérusalem », a estimé Yéhouda Mechi-Zahav, membre de Eda Haharedit. Les religieux d’un autre courant, considéré plus ouvert, les hasidim de Gour, jusque-là hors du mouvement, ne se sont pas fait priés non plus pour venir y participer. D’ores et déjà, plusieurs affiches ont été collées dans les rues de Jérusalem pour appeler les pratiquants à assister à une prière d’ouverture du shabbat très politique, vendredi soir, dans un quartier religieux.

Pour autant, les milieux laïcs font bloc autour du maire, élu il y a six mois dans une poussée de modernisme face à un prédécesseur et un rival ultrareligieux. Pour eux aussi, il s’agit de plus que d’un parking, Nir Barkat ayant été élu pour faire de Jérusalem une ville moderne et compétitive économiquement. Plus prosaïquement, le maire se contente d’afficher sa préoccupation devant la situation difficile de la circulation automobile dans Jérusalem. « Les parkings doivent rester ouvert durant shabbat puisqu’ils offrent une réelle solution à un problème sans désacraliser le shabbat », a-t-il argumenté.

Un sermon qui n’atteindra sans doute pas des haredim plus déterminés que jamais à expérimenter le bras de fer avec une municipalité dévouée à des priorités « trop » laïques.

Antony Drugeon, le 11 juin 2006

L’université de Jérusalem secouée par des saluts nazis

L’émotion s’est emparée du campus du Mont Scopus à Jérusalem. Des étudiants de gauche de l’Université Hébraïque auraient salué du salut hitlérien un défilé d’étudiants d’une association promouvant le sionisme. L’émoi a déjà cédé la place à la polémique, dans un campus où se côtoient les opinions les plus contradictoires.

Le défilé de l’association d’étudiants « Im Tirtzu » (Si tu le veux) a eu la surprise d’être salué par des saluts nazis la semaine dernière, alors que les étudiants paradaient drapeaux israéliens à la main, en scandant des chants patriotiques. Des étudiants de gauche, identifiés comme membres de « Campus L’kulanu » (Campus pour tous), connu pour ses sympathies envers les partis de gauche Meretz et judéo-arabe communiste Hadash, ont ainsi associé l’association sioniste au régime national-socialiste allemand.

L’incident, qui s’est produit le mardi 2 juin, et aurait pu rester une provocation entre associations estudiantines habituées à se dénigrer dans un campus très clivé, a pris rapidement une autre ampleur. « C’est désormais devenu la petite polémique ici », confirme aussitôt Benjamin, étudiant dans le campus en question, contacté par Guysen. Amit Barak, secrétaire adjoint d’ « Im Tirtzu », a aussitôt écrit au président de l’université, Menachem Magidor, ainsi qu’à plusieurs députés. « L’utilisation de symboles nazis dans un lieu tel qu’Israël, où l’Holocauste est encore une question très délicate, porte atteinte aux sentiments de nombreuses personnes et cela est intolérable », a-t-il ainsi écrit.

Face à l’émoi suscité par l’incident, l’un des étudiants auteur du salut hitlérien a présenté ses excuses de son propre chef, ce que la porte-parole de l’Université Hébraïque de Jérusalem a rapidement communiqué à la presse. « L’étudiant explique que son acte était son seul fait propre, et qu’il réalisait que c’était une erreur », précise le communiqué.

Mais rapidement, c’est à toute l’université d’être impliquée dans la polémique qui s’empare du campus. Les étudiants d’ « ImTirtzu », tracts à l’appui, s’en prennent à un corps enseignant « de plus en plus anti-israélien ». Un encart publicitaire est même acheté lundi 8 juin dans un quotidien à grand tirage, interpellant le conseil d’administration de l’Université Hébraïque sur des « professeurs et conférenciers qui soutiennent le terrorisme contre les Juifs, appellent aux sanctions internationales contre Israël, collaborent avec des antisémites et appellent ouvertement à la destruction d’Israël ».

Mardi 9 juin, l’Université a appelé à la fin de l’agitation autour de cette « affaire ». Dans un communiqué, l’Université Hébraïque déclare qu’elle « ne répondra pas à des réclamations infondées faites par des organisations ou des individus qui achètent des encarts publicitaires publiés dans la presse », ajoutant que « l’Université est très fière d’offrir une telle liberté d’expression sur le campus – ce qui inclut l’expression d’opinions émanant de tout le spectre politique – tant que cela concorde avec la loi israélienne ».

La réputation sulfureuse du campus du mont Scopus, où étudient Israéliens juifs, Palestiniens de Jérusalem-Est et Arabes israéliens ne sortira pas démentie de cette polémique.

Antony Drugeon, le 10 juin 2009

H. Nasrallah refuse de désarmer le Hezbollah

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a déclaré lundi 8 juin reconnaître le verdict des urnes à l’issue des élections législatives de la veille tout en défendant le droit de son mouvement à garder ses armes.

Hassan Nasrallah a ainsi revendiqué la dimension démocratique de son « parti de Dieu » considéré comme islamiste et classé parmi les organisations terroristes selon les Etats-Unis et l’Europe.

« Deux grands mensonges sont tombés. […] Certaines parties de la majorité n’ont pas arrêtées de dire que l’opposition ne veut pas que les élections aient lieu, ou que l’opposition prendra d’assaut les bureaux de dépouillement si les résultats sont en notre désavantage. Ils ont même affirmé que nous n’accepterons pas les résultats des élections. Or nous sommes lundi, et je suis là, à votre service, en train de m’adresser à vous », a-t-il clamé dans une interview télévisée.

Le leader du Hezbollah a par ailleurs anticipé sur toute tentative de désarmer son mouvement.

« Le second grand mensonge que nous venons de détruire est celui qui affirme que les élections ne pourront pas se tenir alors que l’opposition détient des armes. Aujourd’hui, nous sommes lundi, et nous voilà, ce mensonge est tombé. Les armes ne sont pas là pour éloigner certaines personnes du pouvoir, elles servent uniquement à résister, et cela prouve que la Résistance est saine. », a-t-il argumenté.

Antony Drugeon, le  9 juin 2009